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Paraty : la ville coloniale |
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Sur la Costa Verde, (la « côte d’émeraude ») entre mer et montagne, nous trouvons Paraty, vieux port colonial officiellement séparé le 28 février 1667 d'Angra dos Reis dont il était un faubourg. Son nom, mot de la langue Tupi, nous dit Fortunée, notre guide, vient d’un poisson blanc, à rayures noires, de la famille des mulets ou des muges, très abondant dans la baie. Le premier établissement de la ville était de l'autre côté de la rivière, autour de l'église "San Roque", mais c'est dans les années 1640 que la ville s'est installée sur son emplacement actuel, autour de la nouvelle église "Notre Dame dos Remédios", après en avoir éloigné les habitants, les Indiens Guaianas. |
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Notre car nous arrête sur une place séparée de la vieille ville par le fleuve Perequê-Açu que nous enjambons à pieds. En effet, Paraty est fermée par de lourdes chaînes à la circulation automobile. Elle suit le plan d’un carré, fermé d’une église baroque à chaque sommet. Rien ne semble avoir bougé ici depuis l'époque coloniale, à part une forêt de poteaux électriques qui tendent leurs fils d’une maison à l’autre… Il doivent être enterrés dès que possible, car la ville a été classée Monument historique national en 1966, et ce « détail » fait désordre ! Mais Paraty a été oubliée après l'indépendance du Brésil en 1822. Uniquement accessible par bateau, il a fallu attendre les années soixante pour qu'une route la relie enfin à Rio, à 250 km, ou à Sao Paulo, à 300 km. C’est aussi pour ça qu’elle nous a laissé ce patrimoine exceptionnel qui relate les fastes de ces siècles d’or, un des plus beaux héritages coloniaux du Brésil que nous ayons vus. Paraty était, aux XVII° et XVIII ° siècles, le port de l’or : c’est de là que les Portugais envoyaient les richesses récoltées par les esclaves africains : le café, la soie, les épices, l’or et les pierres précieuses du Minas Gerais, ce qui a donné lieu à plusieurs excès, c’est le moins qu’on puisse dire… Après la « disparition » de trop de métal précieux, on mettait des masques de fer aux esclaves pour qu’ils n’avalent plus les pépites… Quant à l'or, pour en rendre l’envoi plus discret, il a été souvent camouflé à l’intérieur de statues religieuses : on en voit une, ouverte, au musée, qui montre la précieuse cache… Pour arpenter les 22 ruelles étroites il faut faire très attention où l’on pose ses pieds. On risque de se tordre une cheville sur les gros pavés polis par les sabots des chevaux et des attelages qui remplacent les voitures. Ils sont disposés de façon totalement irrégulière, voire primesautière, et nommés "Pés-de-moleque" (pas de gamins des rues). Il est même difficile, pour une curieuse, de surveiller à la fois ses pieds et de regarder les devantures de magasins... Ces grandes pierres rondes viennent du Portugal. Utilisées comme ballast dans les voiliers venant à vide de l'ancien monde, elles ont été ensuite récupérées pour la construction des rues. Nous faisons d'autant plus attention que pendant tout notre séjour, le soleil et la pluie ont joué avec nous, nous offrant alternativement prises de vue lumineuses ou cieux plombés, et rendant souvent la marche bien glissante ! |
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Lors des 2 jours 1/2 que nous passons dans ce lieu enchanteur,nous longeons de superbes demeures coloniales, des "sobrados" bourgeois du 18° siècle, aux balcons en fer forgé. Elles sont couvertes de tuiles fines, chaulées de blanc et ornées de tons doux, tendres abricots, verts acidulés,bleus pimpants.
La ville a été bâtie par des francs-maçons, qui y ont appliqué plusieurs systèmes ingénieux : les rues sinuent légèrement dans le but de dévier les tirs des pirates lors de leurs attaques, la marée montante envahit les voies lors de la pleine lune et, grâce à une savante inclinaison, les nettoie naturellement… Quelques maisons sont décorées d'ornements maçonniques sur 3 de leurs angles : triangles, tabliers de maître, compas, équerres ; et des trompettes y font office de gargouilles. |
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Près du port, on admire la « maison du Prince » : c’est celle du petit-fils de la Princesse Isabel d’Orléans-Bragança, héritière du trône du Brésil après la destitution de son père, Pedro II, en 1889. La princesse n’a jamais régné, elle s’est même réfugiée en Normandie, en son château d’Eu, mais cette maison nous rappelle que la côte était un des endroits de villégiature préférés des anciens empereurs.
Notre « pousada » (auberge) fait partie des demeures de charme : ses murs blancs et ses lourds vantaux de bois ouvrent sur une enfilade de patios plantés de fleurs exotiques : roses de porcelaine, bougainvillées, bananiers, plantes épiphytes. Ses parties communes sont meublées de coffres et d'armoires comme les aimaient les maîtres du temps jadis.. Les boutiques, ateliers de peintres ou d’artisans, les cafés et restaurateurs occupent les rez-de-chaussée et créent une belle animation, de jour comme de nuit. Paraty est aussi synonyme de l'eau-de-vie, la cachaçaproduite aux sucreries. A l'époque de son apogée, la ville avait plus de 200 alambics et maisons de pressage : c’est bien là que nous avons bu les meilleures caïpirinhas de notre voyage ! Les églises séparaient, à l'époque coloniale, les fidèles en "catégories". La plus grande, bordée d’une place, la « igreja Matriz de N. Senhora dos Remédios », accueillait la bourgeoisie. "Santa Rita de Cassia", la plus ancienne, qui date de 1722, était fréquentée par les mulâtres et héberge aujourd’hui un musée d’art sacré. Les esclaves noirs priaient un saint noir dans la petite église de "N.Sra do Rosario", enclavée dans la rua do Comércio. Et "notre Dame des Douleurs", la "capela das Dores » toute blanche face à la mer, commanditée par la fille d’un fameux pirate, rendant à Dieu ce que son père avait pris aux hommes et rachetant ainsi ses exactions, recevait l'aristocratie. |
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