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Le Brésil est pays de paradoxes : d’immenses gratte-ciel surplombent de sordides bidonvilles, les favelas, dont certaines n’ont encore ni eau courante ni électricité, même si cette urbanisation sauvage s’améliore au fil du temps.
Une des grandes favelas de Rio, vue du toit de notre hôtel |
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En effet les changements dus à la croissance industrielle et technologique ont accéléré l’exode rural vers les grandes métropoles et favorisé l’arrivée massive de paysans en quête de travail et d’un salaire plus décent : comment faire face à cet afflux, sans cesse renouvelé ?
Au départ, ces favelas, qui tirent leur nom des « collines où poussaient les fèves », la « fave » ont été colonisées par les esclaves africains libérés en 1888 par la Princesse Isabel, la fille aînée du dernier empereur, avant la proclamation de la République.
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Favelas de Bahia |
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Plutôt installées à la périphérie des villes, ces maisons en tôle ondulée, en bois, quelquefois en briques, sont parfois peintes de couleurs vives comme dans certains quartiers de Bahia.
Elles sont empilées les une sur les autres dans une anarchie qui serait sympathique si on n’imaginait pas la somme de souffrances qu’elles doivent abriter.
Leur croissance est exponentielle : aujourd’hui, à Rio, c’est un habitant sur 4 qui vit dans une de ses 580 favelas répertoriées.
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Favelas de Rio |
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Elles sont établies, dans cette dernière, sur les Morros qui surplombent l’agglomération, juste au-dessus des quartiers chics.
Parfois, elles arrivent à s’immiscer dans chaque interstice vide, créant de surprenantes juxtapositions : ici, le lycée américain au campus ultra luxueux est situé à moins de 20 mètres de l'entrée d’une favela, par exemple !
Du coup, l’Etat essaye d’organiser le chaos et prend en charge électricité, eau, et construction d’infrastructures comme centres d’éducation ou de soins. Quant aux habitants, ils s’organisent et créent des réseaux de solidarité et de citoyenneté.
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La favela descend jusqu'au littoral |
Les commerces s'organisent à l'entrée de la favela |
Sortie de terre dans les années 40, la favela Rocinha, par exemple, est une véritable fourmilière agrippée au flanc d’une colline et sillonnée de ruelles et de passages, le plus possible à l’écart des fantasmes de violence ou d’opulence trop souvent montrés dans les médias.
La favela grouille d’activité, surtout avant le carnaval dont elle est un des acteurs. Mais ne nous voilons pas la face : le trafic de drogue reste une des activités les plus organisées de ces lieux, la guerre des bandes y fait de gros ravages, et la population y est souvent prise en otage entre les trafiquants organisés et les incursions sauvages d’une police pas toujours désintéressée.
Les associations et les mouvements communautaires sont donc fragilisés par ces combats, et c’est d’autant plus préjudiciable au mouvement de démocratisation et de progrès qu’ils tentent d’amorcer dans ces favelas.
Parfois, des voyagistes proposent une « visite de favela » : au prix de quelle compromission ? On peut penser qu’une partie de l'argent qu’on verserait aux agences irait directement dans la poche des mafieux locaux, pour éviter tout ennui.
Nous n’y sommes jamais entrés, au nom de la décence vis-à-vis de ses habitants et du respect de leur tranquillité, plus que par crainte.

