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Nous nous lançons donc à l’assaut de la montagne : des volées d’escaliers de pierre, et nous voilà devant le Temple bouddhiste Jinggang qui domine les gorges. Un porche rouge s’ouvre dans le mur rouge : la couleur, certainement très forte au soleil, apaise et réchauffe doucement sous ce ciel encore gris.
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Temple de Jinggang : le porche d'entrée, ses lions gardiens et une vue générale de la cour du temple | |
Nous pénétrons dans l’enceinte. Ce petit temple est très doux, très calme : le vent ne souffle plus, même la température s’est faite clémente à l’abri des murs pourpres.
Pourpres aussi les murs des trois sanctuaires dont les arêtes et les toits sont de la même pierre grise que la montagne qui nous entoure. Pourpre encore les portants de bois qui soutiennent la cloche d’entrée monumentale. Seules, quelques poteries vernissées d’un bleu doux et les entretoises des pavillons, ornées de couleurs vives comme à l’habitude, viennent rythmer cette harmonie en gris et rouge.
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Temple de Jinggang : les dieux gardiens de la Porte, sous le porche | Temple de Jinggang : la montagne, le temple et l'arbre au sortir de l'hiver |
Nous trouvons trois pavillons, dédiés chacun à une divinité bouddhiste : le Bodhisattva de la Compassion, sous sa forme masculine, assis dans la position du lotus sur la fleur du même nom, sous sa forme féminine de Guanyin, toute dorée, et enfin de Bouddha "aux 12 bras".
En effet, Avalokitésvara (le «seigneur qui observe d'en haut») est protéiforme et syncrétique dans le bouddhisme du Grand Véhicule, le Mahayana, 大乘. Il peut même représenter tous les autres bodhisattvas. Sous sa forme de Guanyin, en Chine et de Kan’non au Japon, il est une divinité féminine, incarnant la charité et personnifiant la compassion ultime.
Chaque dieu est entouré de divinités plus petites ou de disciples, et les murs des sanctuaires sont ornés de fresques superbes.
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Temple de Jinggang : deux des sanctuaires de Bouddha |
Temple de Jinggang : une jolie porte-lune entre deux courses |
C’est un ensemble aux tons étonnamment lumineux qui conte, en plusieurs panneaux, la vie extraordinaire et légendaire des 18 arhats principaux, lo-han, 羅漢, les disciples qui accompagnaient et protégeaient Bouddha.
Les murs d’enceinte sont ornés d’inscriptions, à droite en tibétain, à gauche en chinois.
Il s’agit du Mantra d’origine tibétaine «OM MANI PEDME OM ou AUM MANI PADME HUM». En effet, comme il est écrit en tibétain, il en existe plusieurs transcriptions possibles, comme des traductions, d’ailleurs. Il peut signifier «Bijou dans le cœur du Lotus» ou «l'Éveil existe dans le tout».
Le terme mantra se traduit en général par «outil pour la pensée méditative» ou «outil pour l'esprit».
Il peut consister en un simple son, comme «Aum», en une phrase très brève ou en un fragment de texte sacré.
La formule, inlassablement répétée, doit provoquer dans l'esprit un état de vide propre à la réceptivité, élever les pouvoirs de concentration et faire éprouver les sensations d'une paix parfaite et profonde, ce qu’on ressent bien en un endroit d’une telle quiétude.
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Temple de Jinggang : légendes de la vie de Bouddha et de ses Arhats | Temple de Jinggang : Bouddha aux 12 bras sur sa fleur de lotus |
En quittant le temple, nous empruntons un sentier caillouteux bordé d’arbres qui commencent à émerger de l’hiver et se parent de boutons prometteurs, nous montons encore.
Au bout, nous sommes récompensés par un escalier vertigineux qui mène à un petit kiosque.
La vue coupe le souffle : nous sommes dans une conque naturelle de la montagne et dominons la rivière, toute petite, en bas. Quelques essais vocaux : l’écho nous renvoie vigoureusement nos appels !
Nous redescendons par d’autres marches et un petit chemin qui surplombe les gorges.
Un arrêt sur une plate-forme où des marchands de souvenirs s’installent, sentant venir le printemps et une saison prometteuse : nous assistons au montage éclair d’une échoppe en bambous éclissés sur place à l’aide de grandes machettes. Quelle rapidité, quelle dextérité, quelle efficacité !
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Temple de Jinggang : le Boddhisattva de la Compassion | Temple de Jinggang : Guanyin, déesse de la Compassion |
Lorsque nous arrivons à l’embarcadère, deux des nôtres ont disparu : ce sont les deux casse-cous qui avaient repéré, à la montée, le trapèze de saut à l’élastique. Eh bien, ils le font, ce saut dont ils avaient envie. Chacun s’élance au-dessus de l’eau en poussant un grand cri, remonte plusieurs fois vers le ciel et se fait récupérer par une barque. Quels sourires à l’arrivée, quel triomphe…
Il ne nous reste plus qu’à reprendre les bateaux et revenir au port : il fait toujours aussi froid au niveau de l’eau, mais nous avons l’esprit réchauffé par tout ce que nous avons vu, admiré, et vécu pour les sauteurs !



