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La yourte mongole, ronde et basse, est une habitation familiale, démontable et transportable qui suit les nomades d’Asie Centrale dans tous leurs déplacements.
Elle comprend une pièce unique ordonnée autour d'un poêle central. Elle est facilement démontable et remontable en une demi-heure à une heure suivant sa taille.
Pendant des siècles, les Mongols ont nomadisé en suivant le cours des fleuves et la hauteur de l’eau. Mais, dans les années 1950, le gouvernement chinois a « aidé » à la sédentarisation par le creusement de puits. De nombreux habitants se sont bâti alors des maisons en dur, mais la yourte a été gardée au moins pour de courts déplacements, ainsi que pour conserver les réserves de nourriture.
Néanmoins, compte tenu de l’importance symbolique que la yourte revêt dans l’imagerie de la Mongolie, de nombreux villages-hôtels de yourtes se sont élevés dans la steppe : des hôtes, tant Chinois qu’étrangers, se sentiraient frustrés de ne pas y passer au moins une nuit. C’est ce que nous allons faire.
Partis de Hohhot à 8h du matin, nous sommes, une heure plus tard, sur un haut plateau, à 1 650 m d’altitude, doucement vallonné. Nous croisons quelques villages entourés de cultures en étage. Quelques vaches paissent, aux alentours, une herbe rase : nous sommes en été et il n’a pas plu depuis longtemps.
La route est bordée de peupliers et d’autres essences au feuillage léger. Dans les collines se succèdent des bandes de végétation vertes, brunes, jaunes, quelques bosquets, des files de pylônes électriques.
Les yourtes en dur attendent les visiteurs pour une nuit inoubliable ! | |
Puis nous arrivons dans notre « village de yourtes », à Xila Muren. Nous sommes accueillis par deux jeunes gens en costume traditionnel chamarré qui nous offrent en chantant une mélopée aux tons aigus une petite coupelle d’alcool de riz qu’il faut savoir déguster pour ne pas offenser nos hôtes. Heureusement que nous avons été dûment chapitrés à ce sujet !
Notre « chef » prend le verre à deux mains, trempe l’annulaire dans le vin, bénit successivement, avec ce doigt, le ciel, la terre et son propre front et boit cul sec, puis s’incline en remerciant et en portant ses mains à son front… Ensuite, la coupelle, à nouveau remplie, est tendue à chacun d’entre nous. Mais, heureusement, il nous suffit de boire une gorgée et de remercier.
Nous pouvons alors admirer le paysage et les yourtes où nous allons dormir. La steppe, où il fait 25°, s’étend, rase, à perte de vue et nous permet de vérifier la rotondité de la terre. Notre «village» est, au milieu de cette steppe, assez vert : autour des yourtes, un astucieux système d’irrigation a créé quelques parterres plus verts.
Nous avons la surprise de voir qu’il y a plusieurs « classes » de yourtes : à côté des traditionnelles en feutre, un quartier d’autres, en dur, nous attend.
Elles sont très pimpantes, nos gers, car elles sont ornées des couleurs traditionnelles. Elles sont peintes en blanc, de la couleur reine, celle du lait et de la pureté, et les coupoles sont décorées du motif en forme de nuage, bleu, de bon augure, ou ocre, qui représente la terre. Le linteau de l’entrée est orné de bannières de ces couleurs, ainsi que de rouge, le soleil et le feu, ou de vert, la prairie.
Elles sont toujours rondes, mais leurs murs solides s’ouvrent sur la steppe par de grandes baies vitrées, et une paroi sépare la pièce en ¾ - ¼, la petite partie recelant des toilettes et une douche dont l’eau est chauffée par un capteur solaire fixé sur le toit.
La descente de la dune en luge : vitesse et chant du sable | |
Le long du mur, deux lits sont séparés par une table de nuit, et une commode, une petite table et deux fauteuils complètent notre ameublement. L’électricité est arrivée : un poste de télévision est posé sur la commode, mais comme nous n’avons pas eu la tentation de l’allumer, nous ignorons quels programmes il peut dispenser…
Dire qu’on nous avait dit de prendre une lampe torche pour s’éclairer dans la yourte : on pourrait penser que tout fout le camp, mais non : il n’y a quand même pas d’éclairage public et elle nous sera bien utile pour se déplacer dès que le soir tombe, ce qui arrive vite en cette saison !
En nous baladant dans le village, nous visitons les autres quartiers, plus traditionnels.
Traditionnellement, la yourte se compose d’une armature de bois recouverte de feutre blanchi (esgui), et d’une toile imperméable, (berdzine) en coton, qui lui donnent l’air débonnaire d’un bibendum posé sur la steppe. Sa rondeur lui permet de résister au vent de la steppe, qui peut souffler très fort lorsqu’il s’engouffre sur ces hauts plateaux.
Les murs (XanTai), sont formés de treillis repliables reliés par des cordages, et s’ouvrent au monde par une porte (Xalag), orientée au sud. La charpente, constituée par des perches, (hunnu), supporte la coupole, (thoone),
Le nombre de treillis fait varier la taille de la yourte : 5 murs sont une taille assez standard, et créent un espace d’environ 6 m de diamètre. Mais on peut, suivant la taille ou l’importance sociale de la famille, trouver des yourtes de 4 à 12 murs, c’est à dire jusqu’à 122 m2…
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Une yourte de chef | Un four à la mode mongol | Une yourte traditionnelle |
Plusieurs lits qui servent de sièges pendant la journée sont disposés sur le pourtour, et l’ameublement est complété par des coffres, une armoire ou une commode ornés de riches couleurs et de tables basses où l’on dispose la nourriture. La seule ouverture est la porte d'entrée, à l'opposé de laquelle se trouve traditionnellement le lit du chef de famille.
La yourte n’est pas seulement pratique, mais remplit aussi une fonction symbolique. Elle figure, en effet, l’univers par sa forme ronde. La porte relie les mondes de l’intérieur et de l’extérieur et symbolise le pouvoir de la famille : quand on pénètre dans la yourte, il faut enjamber le pas de la porte, pour ne pas piétiner les valeurs familiales qu’il représente.
A l’intérieur, le centre représente la Terre et la coupole symbolise l’union de la Terre avec le Ciel : l’ouverture qui laisse passer la fumée du poêle central permet les échanges entre l’humain et le divin.
Le village s'étend et nous montre les techniques de fabrication des yourtes | |
Compte tenu de sa valeur religieuse, il est évident que la vie y obéit à des codes précis. C’est au fond, face à la porte, que l'espace est le plus sacré : l’autel des ancêtres et les objets de valeur sont placés là, et c’est là que résident le maître de maison et le parent le plus âgé.
Une séparation est/ouest divise aussi les habitants suivant leur sexe : les hommes à l’ouest, sur la gauche de l’habitation, avec leurs « outils », tels que le fusil, les selles et accessoires pour les chevaux, et les femmes à l’est, avec les ustensiles ménagers. La disposition des lits respecte cette séparation.
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Les portes des yourtes traditionnelles sont des chefs-d'oeuvre de sculpture | |||
Plus les habitants sont jeunes, plus ils sont près de la porte : ils se rapprocheront du fond en vieillissant… les hôtes sont placés auprès du maître, en signe honorifique. Mais les femmes n’accèderont à cet endroit que par le veuvage où si elles sont investies d’une fonction religieuse, en devenant chamanes.
Maintenant que nous sommes bien installés, il nous reste à vivre ici, au rythme de la steppe…