Le Parc des sources de Jinan, BaotuQuan

 


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Cet après-midi, nous visitons le magnifique Parc des Sources de Jinan, BaotuQuan, 報土.

En pleine ville, face à la magnifique Place Chuan Cheng Guang Chang, nous pénétrons dans un parc très vert. Là, jaillit la «première des 72 sources du Ciel», comme l’a nommée l’Empereur Qianlong de la dynastie Qin.

Cette source est aussi connue sous le nom de «Lan Spring», parce qu’elle est la source principale de la rivière Lao, et son existence est attestée depuis 2 700 ans…

 

 


 

L'entrée du Parc des sources, rue BaotuQuan

Le parc obéit aux règles, du Fengshui : rochers naturels dressés ou cascadant, verdure artistement disposée, bassins et rivières séparant les diverses parties et les édifices du jardin… (l'art du jardin chinois, est expliqué dans «le jardin des descendants de Confucius»)

L’architecture des bâtiments du parc rappelle celle de la Chine du Sud, avec ses pavillons, ses couloirssinueux, ses sentiers gravillonnés aux voûtes formées de saules (liu 柳 ou 柳 树 liu shu) …

Nous nous promenons donc au hasard des allées. Nous longeons un bassin très agité : deux otaries y vivent, le traversent à toute vitesse, remontent juste pour respirer et exécuter d'impeccables volte-face, nous montrant un ventre argenté, tacheté de tons plus foncés : quel spectacle !

Le plus grand bassin mesure 30x18m sur 2,20 de profondeur et abrite trois résurgences, celles de la «source du printemps», d’un débit de 1 600 litres à la seconde.

Quand les jets d'eau jaillissent en même temps, on dit qu’ils ressemblent au souffle des baleines.

En hiver, les pièces d'eau sont entourées d’un halo de brume qui révèle et reflète de façon mystérieuse les halls anciens qui les entourent…

Jinan : le bassin principal et ses jolis pavillons

 

 

BaotuQuan : les jets d'eau de la Source du printemps sortent des gueules des dragons

BaotuQuan : la course de l'otarie, insaisissable...

 

 


  

Jinan. Le jardin fengshui : eau, rocs et plantes

Nous admirons l’élégance et la finesse du salon de thé, le Wanghelou, le "pavillon de la grue sentinelle" qui surplombe l'étang : le thé y est infusé dans l’eau pure de la source…

Nous avons de la chance : les précipitations abondantes de cette année ont rendu aux sources leur hauteur optimale, alors qu’une sécheresse prolongée ces dernières années en avait fait baisser le niveau d’une manière significative !

Nous entrons dans deux-trois boutiques qui proposent pierres dures et souvenirs ; nous passons par des portes toutes différentes : portes de lune rondes, portes hexagonales, carrées, rectangles, asymétriques, tout comme les fausses fenêtres qui percent les murs du jardin, en une riche symphonie créative.

Jinan, la Pierre de la Tortue, dynastie Yuan. 4 mètres, 8 tonnes...

 

 


 

 

BaotuQuan : repos à l'ombre des saules

De petits temples aux tuiles vernissées et aux colonnes rouge vif abritent des dieux : ici, 3 divinités féminines, là, 3 masculines, ailleurs des mannequins vêtus à l’ancienne jouent des scènes de vie du temps passé. Un autre narre, peinte sur les murs, la légende de la naissance des sources : je vous la conte plus bas. Devant un des temples, un calligraphe peint ...

Au fond du parc, le «jardin des 1 000 bambous, (zhú)» bruisse doucement au vent. Emblématique des jardins chinois, le bambou représente la modestie et la droiture dans sa tige, l'humilité par son creux et l'éternelle jeunesse grâce à ses feuilles toujours vertes…

Tout autour, sont accrochées des cages à oiseaux dont les hôtes gazouillent à qui mieux mieux !

Nous suivons le cours de l’eau. Tiens, un petit pont en zigzag : nous nous y attardons et plaisantons avec des chinois et leurs enfants, curieux de nous voir là. Plus loin d'autres se reposent, bavardent ou jouent.

Le pont s’ouvre vers un petit lac : nous admirons les reflets de l’eau, d’une clarté absolue, les poissons qui passent, les herbes qui suivent le courant, et tiront le protrait de celui qui entretient les lieux.

Quel calme, quelle sérénité, comparés avec l’agitation de la ville…

Jinan, BaotuQuan : eaux claires et saules pleureurs

 

 

BaotuQuan : diversité des édifices, des portes et fenêtres

BaotuQuan : kiosques dans la verdure, quel apaisement des sens !

 

 


 

Voulez-vous, mes amis, ouïr la belle légende des sources de Jinan, l’histoire du bûcheron Bao Quan ? La voici, telle qu’on me l'a contée :

Il y a très, très, très longtemps,  un jeune bûcheron, Bao Quan, habitait à Jinan. Très travailleur, il était pourtant tellement pauvre que, malgré son ardeur, ses vieux parents tombèrent malades et moururent. Il décida alors, le soir, après son travail, d'apprendre la médecine avec un moine de la montagne, ce qu’il fit en un an de peine et de labeur. Tout en coupant du bois, il cueillait des plantes médicinales et soignait gratuitement les pauvres en souvenir de ses parents. Tout le monde l’aimait et le vénérait.

En ces temps-là, il n'y avait pas du tout de sources à Jinan. Les gens buvaient l'eau de pluie des mares, ce qui les rendait souvent malades. Or, une année, pas une goutte de pluie ne tomba dans toute la région. Plus d’eau, plus de récoltes, et comble de malheur, la peste s'abattit sur les habitants décimés par la soif et la faim. Bao Quan passa ses jours et ses nuits à les soigner, mais ne pouvait rien contre la maladie…

Un jour, revenant de la rivière Daqing, à 20 km de là, où il allait puiser l’eau de ses remèdes, il sauva un vieillard qui agonisait et le recueillit chez lui. Pour le remercier, le vieillard lui indiqua l’existence, sur le mont Taishan, d’une source appelée «Dragon noir» qui avait le pouvoir de guérir de la peste. Mais elle était presque inaccessible à cause de l’immensité de la montagne, des difficultés du trajet, de l’abondance des bêtes fauves…

Rien ne découragea Bao Quan qui  partit dès le lendemain. Son père adoptif lui donna un bâton en disant : «Prends-le ! Il te rendra service».

Au bout de trois jours de route, il arriva enfin à montagne. Encore trois jours d’escalade, et, à mi-pente, il trouva une source d'eau profonde à l’eau d’un vert émeraude, superbe. Emerveillé, il accrocha un seau à son bâton avec une corde et le plongea dans l'eau.

Mais le seau et le bâton lui échappèrent et filèrent vers le fond. De peur de perdre le bâton de son père adoptif, Bao Quan s’y accrocha et tomba dans l’eau. Ainsi traîné, il arriva aux portes d’un palais de cristal étincelant.

C’était le «Palais des Dragons» dont le roi l’invita à séjourner quelques jours. Il apprit que son père adoptif était en fait le frère du Roi Dragon qui voulait tester son bon cœur. Son bâton était un petit Dragon métamorphosé, qui avait retrouvé sa forme devant la source.

Au bout de trois jours, le Roi lui offrit de choisir un cadeau : il indiqua un pot en jade blanc d'où jaillissait sans discontinuer de l'eau fraîche et douce. Or ce pot était magique : l’eau pouvait en jaillir éternellement…

Bien que ce soit un héritage familial, le Roi le lui offrit et le ramena chez lui par les airs… Il put alors sauver tous les malades qui lui dirent que son père s'était envolé d‘un pont voisin, après son départ, sur le dos d'une cigogne, attestant ainsi son origine divine.

Mais l’histoire ne finit pas ici, puisqu’elle conte la création des sources de Jinan. Le préfet de la région, envieux et jaloux, décida d’acquérir, de gré ou de force, ce pot miraculeux. Il essaya de l’acheter, puis de le faire voler : Bao Quan le cacha dans son jardin, mais après avoir retourné toute la terre, les sbires du préfet le retrouvèrent.

Mais le pot était bien ancré dans la terre. Impossible de le déplacer ! Lorsque les sbires essayèrent de l’en arracher, une colonne d'eau gigantesque s'éleva à plusieurs dizaines de mètres dans un rugissement terrible, noyant  gardes et soldats. L'eau continuait à jaillir, et les gouttes retombèrent à 72 endroits différents de la ville.

Partout où tomba une goutte apparut une source. C'est depuis lors que Jinan est connue comme «la cité des sources». Cette eau abreuve les habitants, chasse la peste, irrigue les cultures. La ville ne craint plus ni la sécheresse ni les maladies…

Le préfet avait perdu la face et ses sbires, il fit alors exécuter Bao Quan. C’est alors que les habitants reconnaissants, pour commémorer les mérites du héros, ont appelé la source principale «source de Bao Quan» et «pont de la Cigogne» le pont d’où son père s'était envolé sur le dos de l’oiseau.

Quant au nom de «sources de BaotuQuan», il a été donné à l’ensemble du parc car l’eau y gazouille sans relâche, chantonnant «gutu, gutu, gutu, gutu...»