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Nous visitons alors la Cour de Justice du district, le « yamen ».
Il s’agit d’une sorte d’hôtel de ville qui comprend, dans la même enceinte, outre les différentes salles du tribunal, la prison, divers bâtiments administratifs et les appartements privés du magistrat de district.
Au premier niveau de l’organisation de l’administration judiciaire dans la Chine dynastique, il y avait un yamen pour chacun des 1 300 « xian » (districts) et 150 « zhou » (comtés) sous la responsabilité d’un « guanfu », qui cumulait les fonctions de policier, d’administrateur et de magistrat.
L'entrée du yamen et la cour principale | Les bureaux du juge |
Dans ce rôle, le guanfu était donc à la fois chargé de l’instruction du dossier et du jugement… Il ne pouvait trancher définitivement que les cas mineurs, ceux qui n’entraînaient pas des sentences plus lourdes que des coups de bâton. Les appels se faisaient au niveau provincial, lui-même subordonné au gouverneur ou gouverneur général, puis au Bureau des Punitions à Pékin.
Nous entrons dans le yamen par une voûte monumentale, sans doute destinée à impressionner les prévenus... La cour, bordée de différents bâtiments, est vaste.
Dans un coin, le palanquin du juge nous attend, comme s'il allait apparaître... Sans qu’il y ait une distinction dans les dispositions législatives, les guanfu faisaient en pratique une distinction entre les procès à caractère pénal qu’ils poursuivaient même en l’absence de toute réclamation de la victime, et les procès civils opposant deux particuliers : il y a donc deux salles d'audience distinctes pour ces différentes procédures.
Le palanquin officiel | Le plafond du tribunal, gai et coloré |
Des tapis de brocard devaient recouvrir la haute table du juge, et derrière elle, nous voyons des tentures de soie brodée. Parmi les plus belles, l'une montre un soleil écarlate dominant une mer agitée. Serait-ce le symbole des remous de la justice ? Non, en fait, ce soleil rouge représente la lumière brillante qui éclaire les quatre coins du monde.
Une autre tenture peint des grues buvant tranquillement dans une calme rivière : le plumage blanc de la grue symbolise la pureté de l'officier.
Cette image d'oiseau représente les qualités indispensables à un poste de haut fonctionnaire, c'est pourquoi elle orne souvent les vêtements et les habitations des dignitaires...
Sur des portants, des vêtements de cérémonie : soie et satin, fils d'or, qui nous donnent une idée de l'importance d'un magistrat de district. Son habit de fonction est de brocard, et sa coiffure officielle une coiffe noire aux ailes rigides : ainsi paré, l'audience peut commencer !
Salle d'audience : soleil et vagues | Salle d'audience : grues couronnées et rivière |
On reconnaissait le rang d'un officier civilchinois à l'oiseau brodé sur son uniforme. Un officier civil de premier rang portait une grue à couronne rouge face à la marée, sous un soleil rouge. C'est ainsi que la grue à couronne rouge était appelée en Chine " oiseau de premier rang ". Quant à la mer ondoyante, qu'on voit aussi, elle exprimait les affaires complexes du gouvernement. " Face à la marée ", en chinois dang chao, a la même prononciation qu' " en fonction ".
Autour du juge, sur des tables plus basses, sont assis les scribes qui disposent pinceaux et pierres à encre noire et rouge pour noter les dépositions. Au-dessous d'eux, debout sur deux rangs, les sbires du tribunal se font face, tandis que leur chef tient entre ses mains un gros fouet, prêt à cingler le prévenu...
Plaignants et accusés s'agenouillent au pied de l'estrade... Nous voyons, au sol, la trace en creux de l'endroit d'agenouillement.
La justice va passer... Comme personne, en Chine, ne pouvait être déclaré coupable s'il n'avait fait ses aveux, la loi permet l'usage du fouet, de la bastonnade, des poucettes et du carcan.
Dans les cas les plus graves, des tortures plus sévères peuvent lui être infligées, et c'est pourquoi, dans une des pièces attenantes à la salle d'audience, sont exposés divers instruments de torture (malheureusement légendés en Chinois...)
Néanmoins, si la torture rendait infirme ou même tuait le prévenu, le juge et son personnel étaient rigoureusement punis : cela évitait les abus trop criants !
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