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Lors d’un précédent voyage, nous avions croisé des femmes guiriamas en costume traditionnel : pour faire ressortir leur postérieur, élément érotique de leur silhouette, elles formaient une sorte de coussin de chiffon sous le kanga, ce sarong de toile multicolore qu’on enroule autour de la taille.
Les jeunes filles impubères et les femmes mariées allaient seins nus, les autres les voilaient.
En 25 ans, les coutumes ont bien changé. Si les musulmanes sont toujours, et même de plus en plus, voilées, les femmes africaines ont revêtu des habits plus modernes : jupes ou pantalons et t-shirts.
Sur la route de la Côte, la végétation est tropicale et exubérante. Entre les palmiers, les bananiers et quelques grands baobabs, on aperçoit, ça et là, des ruines de murs, de maisons ou de puits, tous bâtis de la même pierre grise corallienne.
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Arrivée à Shimoni, sur la côte swahilie | Descente dans la grotte aux esclaves de Shimoni |
C’est tout ce qui reste des grands domaines qu’avaient créé, en leur temps, les marchands d’esclaves ou les trafiquants d’ivoire de la Côte. En effet, du XVI° au XIX° siècles, sous la domination des Sultans d'Oman, on exportait l’ivoire, l’or, l’argent, le bois, les épices et… les esclaves.
Justement, lorsque nous revenons de notre balade en mer, à Shimoni, nous allons en visiter les grottes du Bois sacré de Shimoni.
Le nom du village vient de Shimo qui signifie «là où se trouve un trou» ou «à l’intérieur du trou», donc «grotte» en Kiswahili. Ces grottes résultent de l’érosion naturelle d’une barrière de corail sédimentaire.
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La salle principale où étaient détenus les esclaves | |
Elles forment un réseau complexe de tunnels sur plus de 5 km.
Aujourd'hui peuplées de chauve-souris, elles servaient de refuge aux pêcheurs de la côte en proie aux attaques des Masaï, mais elles ont surtout été utilisées comme lieu de regroupement et de détention des esclaves avant l’embarquement pour le marché de Zanzibar, quand la Traite des Noirs était à son apogée, du XVI° au XIXe siècle.
Nous entrons dans plusieurs chambres successives qui nous montrent stalactites et stalagmites. Nous sommes, au début, dans le noir, mais des puits de lumière viennent d’en haut, grâce à l’effondrement d’une partie de la voûte.
Des fouilles, sur une profondeur de 3 mètres, ont révélé de nombreux morceaux de céramiques locales, européennes ou indiennes, du verre, des morceaux de fer comprenant quelques pièces complètes, des ossements d’animaux domestiques, des arêtes de poisson, et une pièce de monnaie datant du Roi George IV, preuves d’une occupation de longue durée.
Shimoni était, également, le siège de la «Imperial East Africa Company», lors de la colonisation britannique.
L’une des grandes chambres est, encore de nos jours, un sanctuaire sacré utilisé par une partie de la communauté pour se livrer aux rituels d’une religion africaine traditionnelle toujours en vigueur chez des descendants de ces esclaves.
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Le ruisseau saumâtre des grottes | |
Des présents de nourriture et de boisson sont éclairés par des cierges et des bougies. L’atmosphère est oppressante, autant que ce que nous avons ressenti dans l’île de Gorée, au Sénégal, lorsque les malheureux, victimes de la traite négrière, étaient parqués pour partir vers les Amériques…
Notre guide nous montre une rivière qui passe au fond de la grotte. L’eau est saumâtre, puisqu’elle est en relation avec la mer, toute proche.
Et pourtant, c’est elle qui abreuvait les prisonniers. Il nous montre aussi, comble de l’horreur, deux pièces en fer composées d’un embout tordu, et d’une longue pièce trouée. Elles attachaient les esclaves par le cou, en accrochant la pièce trouée aux crochets en fer fixés dans les murs de la grotte.
Plus bas, des anneaux en fer liaient leurs jambes en «X». On peut imaginer qu’il s’agissait d’un supplice destiné à ceux qui s’étaient rebellé ou avaient tenté de s’évader…
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Sous les voutes, les chauves-souris dorment | |
On ressent bien le caractère sacré et oppressant d’un tel lieu, auquel le chanteur d'origine kenyane Roger Whitaker a rendu hommage dans sa chanson Shimoni : «Listen as a million
slaves tell you how they walked so far, how many died in misery, while the rest were sold in
Zanzibar» (Ecoutez un millions d’esclaves vous dire comment ils sont partis si loin, combien sont morts dans la détresse, alors que les autres étaient vendus à Zanzibar…)
Shimoni est d’ailleurs soumis à la liste indicative du Patrimoine mondial de l’UNESCO en tant que «site du patrimoine lié à l’esclavage et à son abolition».
C’est un programme conjoint UNESCO-OMT lancé en avril 1995 à Accra (Ghana), qui a pour objectif principal l’identification, la restauration et la promotion des lieux de mémoire, liés à la traite négrière et à l’esclavage, qui existent encore et qui jalonnent le parcours de la traite

