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Après une toilette de chat, aux lingettes, et une tasse de thé très matinale, nous partons vers 6h20 pour être « sur zone » à 6h40, lorsque le soleil se lèvera.
Il nous offre, à cet instant où l’on a l’impression que la savane retient son souffle, l’image d’une girafe passant juste devant l’astre. Silhouette noire sur fond pourpre dans une nature qui vire du gris au brun…
C’est la fête à la grenouille, nous sommes en pleine période d’accouplement, les chants nocturnes nous en ont prévenu.
Simon nous mène devant une belle mare où les batraciens s’en donnent à cœur joie, pour le plus grand bonheur des prédateurs qui nous ont rejoints. Un couple jabiru, aux couleurs de la Belgique, pêche et dévore crapauds et grenouilles.
Des ibis et des ombrettes s’y mettent, ainsi qu’une cigogne épiscopale. Emoustillées par l’occasion, deux ombrettes s’accouplent entre deux repas.
Un ibis, sacré volatile, arrive même à pêcher deux crapauds en plein acte reproducteur et les secoue vigoureusement du bec. Ils sont trop volumineux pour que, d’un geste élégant du cou, il puisse les envoyer en l’air pour les rattraper ensuite et les engloutir.
Mais c’est qu’ils ne veulent pas se lâcher, les amoureux…
Des aigles ravisseurs, de beaux opportunistes, arrivent à tire d’aile. Ils piquent sur les autres oiseaux pour leur faire lâcher leur proie et la gober en vol.
Quel carnage chez la gent marécageuse, mais quel beau spectacle aérien !
Ce matin est propice aux gourmands. Plus loin, voici le théâtre d’un autre festin. Une curée de vautours sur une carcasse de gnou.
Mais la préséance règne ici aussi : d’abord mange l’oricou, au bec fort, puis le Rupel, l’africain, et enfin le vautour charognard, plus timide s’il en est dans cette famille !
Un jeune lion et sa sœur regardent, avec les yeux de l’amour, un groupe de gazelles qui broutent. Leur distance de
fuite sera de 30 m, alors qu’avec le guépard, c’est à 50 m qu’elles filent, vitesse du fauve oblige.
Nous croisons d’autres habitants de la savane qui ne nous prêtent guère plus d’attention. Un serpentaire, farouche, un groupe de lions avec ses bébés de 5 mois, un chacal à flancs rayés. Dans des arbres, un autour chanteur, un rollier coloré.
Un spectacle rare, car ils sont en général plus discrets : 2 mâles phacochères se battent pour une femelle, le vainqueur s’essaye vainement à l’accouplement, son rival revient… nous les laissons à leurs affaires domestiques.
Nous admirons une grande outarde, un mâle en attitude de parade. Port altier, queue relevée, qui veut-il impressionner, sinon nous ? il n’y a personne d’autre. Est-ce un frimeur, ou est-il en train de s’entraîner ?
Les grandes plaines offrent de belles perspectives bien dégagées, Simon décide un arrêt bienvenu à l’ombre d’un acacia à abeilles (on s’en écartera assez vite, d’ailleurs).
Détente des jambes et des muscles, pause-santé derrière le 4x4, goûter matinal.
Simon sort de sa glacière gâteaux, bananes, café ou eau fraîche… n’est-ce pas le paradis ?
Quand on repart, c’est plein d’ardeur et de courage. La savane nous appartient, nous en faisons partie…
Nous repassons près des phacochères, toujours en plein triangle amoureux, surveillés par une hyène. Ils n’en semblent pas gênés.
Plus loin, un faon de Grant titube sur ses pattes frêles. Simon pense qu’il a dû naître ce matin même. En nous entendant, il se cache dans les herbes, et sa mère s’éloigne pour nous tromper, pour qu’on la suive.
Comme nous ne le faisons pas, le petit se relève, titube encore un peu avant de se recacher. Agé de quelques heures seulement, il a encore un peu de sac placentaire autour de la tête.
Pour leur tranquillité, nous partons sur la pointe des roues, tout attendris…
Suivent un buffle et quelques bufflons, une alouette chante sur une éminence, un vanneau du Sénégal sur un arbre perché, au loin, un guépard en sentinelle sur son monticule, au sol, deux aigles ravisseurs se disputent une grenouille, un varan, dans une mare, se cache à notre approche.
Des hurlements nous attirent : au bord d’une de ces mares, voici un « show babouin ». un grand mâle, hargneux, hurle et gesticule contre une bande de jeunes. A ses pieds, la tête terrorisée d’un jeune émerge à peine de l’eau. Chaque fois qu’il essaye de sortir, le mâle s’excite et lui interdit de remonter. Est-ce une punition ?
Il chasse encore deux ou trois jeunes avant de rassembler son groupe et de s’éloigner, mais le jeune, dans l’eau, ne sort que lorsque l’irascible est loin…
Tout ceci nous donne matière à discussion, le temps de rentrer déjeuner au bercail et de s’y reposer.
Lorsqu’il pleut, les pistes sont pleines d’ornières, et profondes. Heureusement que nous sommes dans un Land cruiser, peu d’autres véhicules passeraient ici.
Les places, au fond du 4x4, sont celles « des grands secoués ». En période de pluie, dans ces ornières, nous déconseillons formellement le parc aux « blondes à forte poitrine »…
La partie du parc que nous avons visitée est peu boisée. Si un besoin s’y fait sentir, on ne peut y sacrifier que caché derrière le 4x4, en ayant vérifié auparavant l’absence de tout prédateur à l’horizon !
L’aventure est au coin de la savane : un embourbement, un sauvetage et deux chasses de lions…
Une mère lionne d’un groupe de 14, rabatteuse, avance à plat ventre vers des zèbres parmi lesquels se trouve un jeune. Elle progresse tranquillement et doucement, la troupe de zèbres avance sans se douter de rien.
En renfort, derrière, 3 ou 4 lionnes attendent le moment propice.
Malheureusement (pour les lionnes), une antilope redunca de Naguer remontait la file des zèbres.
Sa trajectoire l’amène en vue des lionnes, aussitôt elle se met à lancer des sifflements d’alerte brefs et répétés.
Zèbres et gnous voisins se figent, lèvent la tête, et attendent de voir où se situe le danger. D’abord, ils ne repèrent pas la lionne, immobile à 20m. Mais dès qu’elle bouge, tous lui tournent le dos, dans une galopade générale et effrénée. C'est raté !
Une autre lionne, du groupe de ce matin, essaye de pousser une grande troupe de gnous vers ses sœurs postées en embuscade.
De temps en temps, elle se lance vers les gnous pour les balader de droite à gauche et vérifier s’il n’y a pas de trainard, blessé ou malade, à cibler plus particulièrement.
Nous reviendrons demain voir s’il n’y a pas une carcasse de plus dans la savane…
Depuis 15h30, de petites pluies sont devenues d’agressives trombes. Un grand rideau gris nous permet quelques photos romantiques, mais Simon désire nous amener vers d’autres points de vue.
Nous sautons d’ornière en ornière, le 4x4 nous ballotte hardiment.
Soudain, un grand bruit, un grand choc, puis plus rien. Simon tente et retente de redémarrer : bruits, fumée noire, soubresauts… RIEN !
Nous descendons sous la pluie battante. Deux hommes se hissent sur le pare-buffles pour faire contrepoids, vont pousser à l’arrière, toujours aucun résultat.
Finalement, nous remontons à l’abri et Simon téléphone…
Peu après, arrive un 4x4 du Governor’Camp voisin. Une élingue costaud est fixée entre les deux véhicules, et après quelques essais, le 4x4 bondit hors de son trou…
Hourras nourris de notre part, puis, mouillés et crottés, nous repartons à l’aventure.
Nous étions tombés dans un trou de phacochère, caché par l’eau, et c’est l’essieu qui a touché : les roues tournaient en l’air, à vide.
Plus tard, on entendra le même bruit au loin, mais le temps d’arriver à la rescousse, ce 4x4-là a réussi à se dégager tout seul. Fortune de mer, fortune de savane, la mer des herbes.
Pour se remettre de nos émotions, avant de renter, il nous faudra bien passer par la boutique Masai de l’entrée du parc, et y faire emplette de quelques souvenirs !

