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Pendant le nuit, une grande pluie est tombée, au matin, le soleil perce peu à peu à travers les nuages et se lève sur un spectacle en gris et argent.
La savane est détrempée, des ruisseaux murmurent alentour, des mares barrent les pistes, dans des creux dont le passage devient périlleux.
Parfois, ces pistes sont de véritables patinoires de boue.
Le 4x4 chasse en tous sens, mais entre les traces parallèles des roues des jours derniers, une herbe vert tendre pousse déjà.
Bientôt, quand le saison des pluies sera encore plus avancée, lorsque les visiteurs déserteront la savane, rien ne montrera plus le passage de l’homme…
Nous tombons sur un clan de hyènes. 5 adultes, 2 ou 3 jeunes par adulte, d’âges divers. Ils vont d’un mois et demi à 3 puis 7 ou 8 mois. Les bébés sont à la tétée, les plus grands se font lécher, jouent, se mordillent, se culbutent sous l’œil attentif des mères.
Plus loin, deux adultes dorment tranquillement.
3 bébés curieux viennent au pied du véhicule nous regarder dans les yeux, en penchant la tête d’un côté puis d’un autre d’un air songeur…
Noirs à la naissance, ils deviennent gris clair, des taches se forment ensuite puis ils prennent la teinte beige et brune de l’adulte.
Devant nous, ils vivent leur vie paisiblement. C’est un grand moment de douceur et de tendresse !
La savane déroule devant nous son spectacle quotidien : des serpentaires à la toilette, deux otocyons en balade, des aigles ravisseurs à l’heure du déjeuner, les deux lions d’hier dormant ensemble.
Nous reprenons la route de Serena. 2 dik-diks femelles, dans l’herbe, près des buissons, broutent l’herbe nouvelle. Nous les surprenons au moment où l’une d’elle fait pipi.
Elle ne peut s’enfuir et prend un air outré et gêne dont nous profitons largement !
Un tapis de fleurs émaille la prairie. Blanc, rose, orangé, rouge ou bleu comme dans les millefiori des tapisseries flamandes.
Dans les creux, des mares improvisées se sont créées, où copulent frénétiquement des centaines de grenouilles et de crapauds, en coassant à qui mieux-mieux.
Nous longeons une rivière, à côté de laquelle, incongrus, poussent deux palmiers. Le paysage est beau et très varié. Plaines, bosquets et fourrés, des blocs de rochers isolés, des passages escarpés ou vallonnés ou poussent, serrés, des buissons de crotons.
Sur des rochers, se repose une nouvelle famille de 13 lions que surveille attentivement un spotteur de Disney Nature. Il est ici depuis 3 ans, en repérage pour un film animalier à venir…
Nous arrivons au crossing de Rekeiro, sur la rivière Ongai. Après être descendu de la voiture pour mieux se rendre compte, Simon décide un passage hardi. Chacun retient son souffle : nous cahotons entre les flots sur des rochers arrondis… ça passe !
Nous sommes dans les plaines d’Ongai, entourés de hautes graminées à perte de vue et de termitières géantes.
Un couple de lions dort sous l’une d’elles, des alouettes chantent.
De beaux lézards d’une trentaine de cm, à la tête rouge et au corps d’un vif violet-bleu courent sur les rochers. Ce sont des agame mwanza (ou "agame des colons") assez spectaculaires.
Nous suivons le tracé de la rivière et la retraversons au gué de Talek, moins agité.
Au passage, on s’arrête devant un arbre. Un couple de lions git sur une des branches, la mère et le fils. Ils sont épuisés et haletant, le fils bave, gueule ouverte : qu’ont-ils pu bien faire ?
Il s’est remis à pleuvoir, on décide d’arrêter le game-drive.
Un des jeunes gardiens du camp, Toré, un Masaï très beau dans sa tenue rouge, ses armes et ses bijoux, nous emmène visiter sa manyatta, pas très loin.
Nous payons un droit d’entrée de 1 000 K sh par personne, destiné au bien-être scolaire des plus jeunes. Leur école est à un km d’ici.
Le jeune et beau chef (mais où donc vont-ils les chercher, si décoratifs ?) nous accueille à l’entrée et nous présente son village.
Nous franchissons l’entrée principale percée dans la barrière d’épineux. Ce village ressemble à celui que nous avions visité lors de notre premier séjour, en tous cas le rituel des visites est le même.
Autour de la place centrale où les vaches passent la nuit, 40 cases sont posées en rond. Sur un côté, un petit espace où dorment chèvres et moutons, séparés des vaches.
Il y a ici 44 familles, quelques-unes ont leurs cases en dehors de l’enceinte.
Comme l’autre fois, les femmes chantent un air de bienvenue en se balançant d’arrière en avant. Elles invitent les filles, Marie-France et Vinciane, à les rejoindre.
Mais on ne chante pas bien en chœur, alors nos voisines nous reprennent souvent en nous secouant par le bras : attention !
Ensuite, les guerriers arrivent. Deux ont, sur la tête, une coiffure faite d’une crinière de lion. Un par un, ils s’avancent et se défient au saut. Le meilleur sauteur brillera aux yeux des filles et pourra même la gagner…
Ils chantent en même temps des paroles rythmées et viriles. D’après Toré, un Masaï peut épouser jusqu’à 10 femmes (en même temps) !
Ils défient ensuite nos 2 hommes, évidemment, nous trouvons leurs sauts magnifiques !
On apprend qu’un danseur ne commence que vers 15-16 ans, avant, c’est un enfant. Pour accéder au statut d’adulte, il doit d’abord subir les épreuves de l’initiation et de la circoncision.
Nous visitons ensuite une case.
Rectangulaire, elle est faite en 3 mois par les femmes. Boue, argile et bouse de vache mêlées sont plaquées sur une armature en bois posée par un homme.
Une petite entrée. Juste derrière, une niche où l’on garde le veau nouveau-né. Ensuite, un corridor qui débouche sur la grande pièce.
Face à nous, à la lueur des lampes-torches, nous voyons l’espace cuisine : des ustensiles suspendus au-dessus du foyer, composé de pierres. Au milieu, les cendres entretiennent une certaine douceur de température.
La fumée sort par une petite fenêtre, sur le mur du fond, au-dessus de la cuisine, et par la porte.
A gauche, un bas-flanc en forme d’alcôve : le lit des parents. A droite, celui des enfants. Tous dorment sur des peaux de vache, qui les isolent de la fraîcheur nocturne.
Nous ressortons. Face à l’entrée principale, une autre (il y en a 5 en tout) nous mène sur une grande esplanade où nous attend le village entier.
Les femmes ont posé en rond sur l’herbe des tissus sur lesquels elles exposent des articles qu’elles ont fabriqués : bracelets, colliers, parures en petites perles ou en graines, plats et objets en pierre à savon, ornements d’homme comme masques ou casse-têtes…
On fait le tour, appelés par ces dames. Quand on choisit quelque chose, le marchandage commence. Les copines des unes et des autres viennent à la rescousse, jusqu’à ce qu’on tombe d’accord. On parle, on piaille, on rit, on gesticule, on s’amuse bien !
Les mères ont leur bébé dans le dos, dans un coin des jeunes de 4 à 10 ans rigolent en mâchant du chewing-gum. Quelques hommes assistent à tout ça, sans se mêler aux palabres.
Le chef bavarde avec nos hommes : système éducatif, partage du bénéfice des ventes. Il est reventilé dans un pot commun aux 48 villages autour de Mara et servira au bien-être des communautés, école, achat de vaches.
Nous revenons au camp en lézardant dans la campagne. Toré conduit doucement, s’arrêtant pour qu’on prenne des photos. Il est très fier, et à juste titre, de sa région.

