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Ce matin, nous mettons cap à l’Est. Il a plu à verse toute la nuit, Simon veut éviter les premiers passages, trop détrempés et dangereux.
Cette nuit, on a entendu la hyène crier près de la tente, puis un hippo est venu brouter en mâchant bruyamment…
Nous passons un premier ruisseau, puis en attaquons un 2°. Au moment où nous y descendons, la roue avant se bloque dans un trou caché par l’herbe.
Tout le monde descend !
Simon, après analyse, monte l’arrière du 4x4 sur un grand cric de brousse. Les 3 hommes vont chercher de petits rochers près de la rivière. Ils les glissent sous les roues. Marche arrière, nous poussons tous… Go, c’est reparti !
Plus loin, un point d’eau Masai.
2 chacals boivent, se rapprochent peu à peu d’une carcasse de gnou qu’ils attaquent. Ils en sont chassés par 3 hyènes plus fortes, que notre arrivée fait fuir. Petit à petit, les 3 reviennent, arrachent ce qui reste en tirant les lambeaux de peau en tous sens, pendant que les 2 perdants les regardent de loin : c’est la dure loi de la prairie !
On tourne ensuite Est-Sud-Est. Le soleil est revenu, torride, et fait fumer la prairie.
Une famille de 3 jeunes frères guépards dort dans l’herbe. Dans une portée, les jeunes mâles restent toujours ensemble, chassent et vivent de concert. Seul le dominant se reproduit.
Les jeunes femelles, elles, devenues adultes, peuvent se séparer pour s’accoupler ou choisir de rester ensemble.
Nos jeunes guépards chassent pour tuer. A leur palmarès, ces derniers temps, les rangers ont compté, parmi leurs grosses proies, un zèbre et 1 jeune gnou.
Ils mangent leur soûl après la chasse (10 kg par individu lui permet de tenir 3 ou 4 jours, le temps d’une bonne digestion), puis ils laissent le reste. Hyènes, chacals, lions parfois et, pour finir, vautours s’en régalent alors.
Pendant que nos trois frères se réveillent et s’étirent, nous cherchons une bonne position pour la photo. Nous roulons sur une fourmilière et sommes alors envahis par des milliers de fourmis ailées, déclenchant une petite panique à bord…
Un autre 4x4 nous rejoint, attaqué à son tour par la gent ailée qui, du coup, nous délaisse.
Les guépards se lèvent, se tournent, se recouchent, puis, au bout d’un temps, nous ayant bien considérés, viennent se mettre à l’ombre entre nos pneus : petits futés !
Imaginez les contorsions pour les photographier…
Pour partir, Simon est obligé de klaxonner. Un comble !
Nous les laissons le temps d’une pause café dans un endroit très dégagé et revenons, à 200 m de là, nous poster à côté d’un arbre mort et isolé.
L’autre voiture les a quittés, ils se sentent seuls et décident de nous rejoindre.
Grande cérémonie de marquage du territoire : ils urinent successivement sur l’arbre. Un par un, ils se couchent à l’ombre riquiqui des branches mortes. La chasse ne sera pas pour ce matin, nous rentrons déjeuner au camp.
Près du camp, des zèbres ont décidé de traverser la rivière. Le gros du troupeau est passé, mais quelques-uns, plus peureux, restent de l’autre côté. Le courant est assez fort et les remous les effraient.
Le chef du groupe hennit longuement pour les appeler, en des cris brefs comme des aboiements, très forts, vainement. Il retraverse pour montrer que c’est faisable.
Un petit groupe essaye alors, une fois, puis deux, et arrive à passer. Le plus dur, pour eux, est de remonter sur l’autre rive, assez à pic et rendue glissante par le passage des premiers.
Les autres, malgré les appels du mâle dominant, rebroussent chemin et remontent sur leur rive.
De retour au camp, on entend encore les appels du grand mâle. Il doit y avoir plusieurs de ses femelles dans le deuxième groupe. Réussira-t-il à passer ?
Nous déjeunons en les écoutant.
Dès 15h, nous revenons à "l’arbre à guépards".
De grand soleil, le ciel se couvre, le vent se lève comme les trois frères qui, lentement, partent en chasse…
Assis dans la savane, ils cherchent une proie parmi les ruminants qui paissent alentour.
Le dominant s’est détaché des 2 autres, c’est lui qui choisira et mènera la chasse. C’est le chef et le tueur.
Ils ont attendu le début de la pluie pour s’y camoufler, et c’est sous l’orage, le tonnerre et les éclairs que nous avançons petit à petit pour les suivre, rejoints par 2 autres 4x4.
Ils adoptent une allure guerrière : plus aplatis sur l’herbe mais décidés dans leur marche.
Une bande de zèbres qui passait non loin prend tout à coup la fuite : qui visent-ils ?
Entre 2 élands du cap adultes, il y a un bébé. C’est lui, la proie. Accélération brutale, course forcenée de 300m. Mais les guépards sont ralentis par l’herbe détrempée et les mares.
Les élands les ont vus, le petit détale comme un fou.
Les frères sont obligés de s’arrêter. Ils reprennent leurs forces au milieu de quelques 4x4 qui les ont pistés.
Pour la soirée, la chasse est finie, nous allons rentrer.
Mais comme c’est notre dernière soirée ici, Simon fait encore un dernier tour. 2 voitures sont postées plus loi, on va voir.
Trois lionnes adultes sont en train de déchiqueter un phacochère visiblement juste tué. Grognements, disputes… l’une d’elles enlève un grand morceau qu’elle apporte à deux petits qu’on n’avait pas vus, plus loin.
Elle repart leur en chercher un autre, mais un des jeunes la suit et, imprudent, essaye de piquer un petit bout aux grandes.
Une amusante scène de catch se déroule alors : chacune tire de son côté, elles se bousculent, s’entremêlent, se chevauchent, filent un coup de patte à droite ou à gauche dans de rauques grognements.
Un bruit de tissu déchiré, le phacochère se sépare en lambeaux : chacune des femelles file avec un morceau dans son coin, les petits suivant maman.
Nous les laissons et rentrons au camp, les yeux pleins de bruit et de fureur.
Vers 11h, une hyène se lamente bruyamment et longtemps, nous réveillant une première fois.
A 4h30, nous sommes encore réveillés par des bruits de voitures : de l’autre côté de la rivière, chasse-t-on un ou des éléphants trop entreprenants que nous avons vu la veille ou prépare-t-on le départ d'une montgolfière que nous verrons dans la matinée ?
A Paris, on nous avait prévenus : à Mara, pour la sécurité et la surveillance des camps de toile, ce sont les éléphants qui pourraient se montrer dangereux car ils recherchent les fruits des arbres lorsqu'ils sont mûrs.
Seuls les phares et les klaxons des 4x4 peuvent les écarter de leur route. On comprend la nécessité de respecter les consignes de sécurité sur le camp.
Pour finir, à 5h du matin, nos voisins les hippos donnent sérénade dans la boucle du fleuve, juste sous notre tente…
Néanmoins, il est temps de se lever pour quitter Mara, où nous aurons vécu tant de péripéties.
Depuis notre arrivée à Mara, nous sommes toujours allés dans des parties de la réserve où "aucun minibus ne mettra la roue".
Sans jamais quitter les pistes autorisées (sauf lorsque nous avons suivi la chasse) mais loin des balisages touristiques, Simon nous a menés dans de sublimes paysages, et sur des pistes impossibles pour d’autres genres de véhicules.
Résultat : un exaltant sentiment de liberté, de solitude dans l’Afrique éternelle, des photos et des sensations étonnantes, et deux enlisements !
A Masai Mara, l’immensité des plaines nous entoure, le ciel s’étend sans limites, nous sommes noyés dans l’espace comme en mer. Parfois, nous croisons un autre 4x4, mais les seuls vrais habitants sont les animaux.
Sur un monticule, sous un buisson, sur un arbre, dans une mare ou un ruisseau, surgis de l’eau, de la terre ou de l’herbe, venus d’on ne sait où, ils sont là, présents, vigilants, attentifs, et nombreux, beaucoup plus nombreux qu’on ne l’espérait.
Pas méfiants, pas inquiets, ils nous regardent comme nous les regardons, dans une sorte de tranquillité sereine, paisible et originelle.
Les premiers jours, sur une savane écrasée par un soleil brûlant, la pluie n’est tombée qu’en fin d’après-midi, puis elle s’est poursuivie la nuit, de plus en plus abondante et serrée.
Aujourd’hui, elle a commencé à 16h.
Ces déluges successifs ont transformé la plaine en immense marécage où il devient difficile de passer.
Nous partons demain vers d’autres cieux, nous souhaitons bonne chance aux suivants, parce que, ça y est, ici, la saison des grandes pluies bat son plein !
Nous allons vers Amboseli et la frontière Tanzanienne. La région, plus sèche, nous promet encore de belles balades et de grands émerveillements

