Vous êtes ici > Carnets-et-voyages > Sri Lanka > La cité historique de Polonâruwa
Le Nord, sec et chaud, est célèbre pour son "triangle culturel". Délimité par les villes de Kandi, Polonnâruwa, et Anuradhapura, il contient les vestiges les plus connus de la civilisation du IV° siècle avant J.C au XII° siècle après J.C.
Anuradhapura et Polonnaruwa ont été successivement les premières capitales du royaume cinghalais.
Puis, dévastées par des envahisseurs Tamils venus du sud de l'Inde, elles ont été englouties par la forêt vierge... Leurs traces n'ont été redécouvertes par les Anglais qu'au XIX° siècle.
Le conflit avec les Tamouls, qui se déroulait pendant que nous étions au Sri Lanka, nous a empéchés de visiter Anuradhapura, trop au Nord. Mais nous avons pu nous rendre à Polonnâruwa, célèbre pour ses monuments, civils ou religieux.
Outre le palais royal et ses dépendances, on a retrouvé plusieurs temples et monastères, encore considérés comme des lieux saints par les bouddhistes : L'immense Alahena Pirivena, de 80 ha, les quatre statues rupestres de Bouddha du Gai Vihara et le Tivanka Pilimage aux fragiles peintures murales.
Édifiés sur une terrasse monumentale à la gloire de la plus précieuse des reliques du monde bouddhiste, la Dent de Bouddha, aujourd'hui conservée dans son temple de Kandy, le Vatadage et cinq autres constructions religieuses composent un ensemble architectural unique au monde.
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Un lettré ou le roi lui-même ? c'est encore un mystère... | Le Hall des audiences : vue générale |
Capitale du royaume, Polonnâruwa ne l'est restée que pendant deux siècles, mais ses vestiges s'étendent sur 15 km2 et figurent au patrimoine de l’Unesco depuis 1982. C'est là qu'ont été édifiés ces monuments émouvants, oeuvre principale du roi Parakramu Bahu. (1153 - 1186).
La Citadelle forme le centre de la ville. Elle se situe près du lac artificiel de 2400 ha, le Parakrama
Samudra, que le roi a fait creuser comme réserve d'eau, ainsi que pour l'agrément et la fraîcheur qu'il procure lors des fortes chaleurs grâce à ses 11 canaux et de nombreux bains et réservoirs mineurs.
Quant à la magnifique statue de 3,5 m que nous admirons le long de la rive orientale, est-ce la statue du roi fondateur, ou celle d'un lettré tenant en ses mains des textes sacrés ?
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Le Hall des audiences | Le Rajavesyabhujanga Mandaya : le grand escalier |
Les archéologues en discutent encore !
Derrière le Palais, se dresse le Hall des audiences ou Rajavesyabhujanga Mandaya.
Il se nomme aussi pavillon des éléphants à cause de la frise qui court le long du 1° niveau des soubassements, comme si ces mastodontes soutenaient l'édifice.
Il est rectangulaire, composé de trois plateformes superposées, un peu comme une pyramide allongée.
On peut monter sur la terrasse par un grand escalier dont les rampes sont décorées de lotus et de trompes d'éléphants. Son entrée, flanquée de deux lions, permet d'accéder à la salle, rythmée par des séries de fins piliers. Il semble qu'à l'origine cet édifice ait été relié au Palais par une colonnade couverte.
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Le Rajavesyabhujanga Mandaya | Le kumarapokuna : bain royal |
On se verrait bien, vêtu de soie et couvert d'or, parmi les ministres ou ambassadeurs que le roi recevait en ce lieu...
Non loin de là se trouve le Kumara Pokuna : le bain royal. Il existe plusieurs bassins et bains dans la ville. Une très belle "pierre de lune" précède l'entrée.
C'est le Moonstone. Il s'agit d'une pierre de seuil en granit, semi-circulaire, sculptée de bas reliefs. De nombreuses pierres de lune" ornent les entrées des temples et monuments de la cité.
Dans leur facture la plus classique, elles étaient décorées de 7 bandes concentriques d'animaux (éléphants, chevaux, lions, taureaux, etc.) et de rinceaux végétaux stylisés.
Au centre était représentée une fleur de lotus. Elles symbolisaient les étapes spirituelles que devaient parcourir les hommes pour parvenir au Nirvana. Au cours du temps, les artistes ont introduit de la fantaisie dans ces arrangements, ce qui explique la grande diversité ornementale de ces pierres...
Le Palais royal du roi Parakrama Bahu est au centre de la Citadelle. Les premiers niveaux sont encore bien conservés derrière des murs imposants.
Il reste la grande salle d'audience du rez de chaussée, aux dimensions royales (33x14m), ainsi que les frises en bas-reliefs où défilent lions et éléphants.
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Le kumarapokuna : bain royal | Le Palais royal : vue d'ensemble |
Quand on sait, d'après de nombreuses descriptions, que le palais était composé de 7 étages, de plusieurs centaines de pièces, la légende dit même "mille pièces", que les portes et fenêtres étaient recouvertes d'or, que la chambre du roi avait un mobilier d'ivoire et des lampes ornées de perles et de pierres précieuses...
On rêve devant tant de splendeur et de raffinement par rapport à la rudesse contemporaine du XII° siècle européenne !
Pour les courageux lecteurs, qui voudraient se figurer le faste de la Cour à Ceylan à l'époque d'Anuradhapura ou de Polonnaruwa, voici la description que fait Sindbad le Marin au Calife Aroun
al Rachid de sa réception par le Roi de Serendib (Ceylan), en tant qu'ambassadeur du Commandeur des Croyants :
« Commandeur des Croyants, lui répondis-je, je puis assurer Votre Majesté qu'il [le roi] n'exagère pas ses richesses et sa grandeur, j'en suis témoin. Rien n'est plus capable de causer de l'admiration que la magnificence de son palais.
Lorsque ce prince veut paraître en public, on lui dresse un trône sur un éléphant où il s'assied, et il marche au milieu de deux files composées de ses ministres, de ses favoris et d'autres gens de sa cour. Devant lui, sur le même éléphant, un officier tient une lance d'or à la main, et derrière le trône un autre est debout, qui porte une colonne d'or au haut de laquelle est une émeraude longue d'environ un demi-pied et grosse d'un pouce. Il est précédé d'une garde de mille hommes habillés de drap d'or et de soie et montés sur des éléphants richement caparaçonnés.
Pendant que le roi est en marche, l'officier qui est devant lui sur le même éléphant crie de temps en temps à haute voix : "Voici le grand monarque, le puissant et redoutable sultan des Indes, dont le palais est couvert de cent mille rubis, et qui possède vingt mille couronnes de diamants. Voici le monarque couronné, plus grand que ne furent jamais le grand Soliman et le grand Mihrage".
« Après qu'il a prononcé ces paroles, l'officier qui est derrière le trône crie à son tour : "Ce monarque si grand et si puissant doit mourir, doit mourir, doit mourir". L'officier de devant reprend et crie ensuite : "Louange à celui qui vit et ne meurt pas !"
Extrait de la 232° Nuit - Sixième voyage de Sindbad. Traduction d'Antoine Galland.

