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En élargissant nos itinéraires, nous avons voulu visiter quelques îles plus éloignées dans la Lagune. Aussi avons-nous pris le vaporetto à San Marco : nous avons longé plusieurs îlots, privés ou inhabités et San Michele, l'île cimetière où résident à jamais de nombreuses célébrités.
Le bateau nous a d'abord menés à Murano, célèbre pour ses verreries. Beaucoup de ce qui se fait là est maintenant du registre de la pacotille. Néanmoins, certains ateliers, perpétuant la tradition historique, continuent à produire de magnifiques créations : nous y avons admiré les verriers en action.
Ils ont jadis fourni les vitres et les miroirs de toutes les cours d’Europe ainsi que les tesselles de mosaïque de nombreux édifices, civils ou religieux tels que la Basilique San Marco. Au fil du temps, leurs technique s’est affinée et diversifiée : lentilles pour lunettes, vaisselle.
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Bijoux, millefiori et masques de Venise : un riche artisanat d'art... | |
Indépendamment de la verrerie traditionnelle, les verriers ont ajouté à leur palette la verrerie industrielle et, pour les touristes, la confection de sujets, bijoux et objets qui se vendent ici ou dans les galeries de Venise.
Dans un atelier, devant la gueule en feu des fours ou des lampes, nous voyons le maître prendre la pâte en fusion avec sa canne, la souffler, la modeler avec calme et dextérité. Il en fait ce qu’il veut : une perle, un animal aux pattes frêles, un "millefiori"… toutes tentations que l’on retrouve ensuite dans la boutique de l’atelier !
Ensuite, le vaporetto nous a posés à Torcello et Burano.
Torcello, dont le nom signifie "la grande tour" fut le premier refuge des habitants de la région devant les invasions des Huns et des Lombards, à la chute de l'empire Romain.
La Basilique Santa Maria Assunta, inspiratrice des dessinateurs | |
L'île prospère au V et VI siècles : elle a, en ces temps, compté jusqu'à 20.000 âmes. La basilique Santa Maria Assunta, 1° de la lagune, fondée en 639 et remaniée plusieurs fois jusqu'en l'an 1000, est une synthèse d'architecture romaine, byzantine et gothique. Ce qui nous a plu, dans ce lieu, c'est le calme et la perspective de l'élégant campanile qui surgit au milieu de la verdure.
Hemingway l'a adorée, ce qui n'est pas un mince parrainage ! Ses superbes mosaïques sur fond d'or (XIIe-XIIIe s.) font partie des plus importants témoignages de l’art byzantin. L’une d’elles, le Jugement dernier, décrit avec un plaisir sadique les tourments promis aux damnés. Quant à l’iconostase, superbe, il est en marbre décoré d’animaux symboliques.
La légende dit qu'avant Michel, Attila se serait assis sur le monumental trône de pierre du premier plan : le roi des Huns serait enseveli avec son trésor de guerre à "Monte dell'Oro", sur une île de la lagune proche de Torcello, mais nous n'avons pas eu le temps de le chercher !
A Burano, on a l'impression de se retrouver dans une Venise miniature où tout est plus petit, et très gai : maisons, canaux, ponts en dos d'âne pour laisser passer gondoles ou péniches... C'est un village de pêcheurs et de dentellières qui surprend par les couleurs vives et alternées de ses maisons. A l'origine, chaque famille avait même sa couleur propre.
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Lumières d'orage à Burano | Une dentellière experte ! |
Lorsque les pêcheurs travaillaient dans la lagune, seuls, isolés, dans des conditions climatiques souvent difficiles, ils pouvaient, de loin, reconnaître leur maison grâce à sa couleur : cela les rassurait et leur donnait le courage de continuer.
On flâne dans ces ruelles au gré de la fantaisie : comme à Venise, il faut savoir ici se perdre pour admirer les couleurs et les reflets, les gens qui vaquent à leurs occupations, les ateliers de dentelle qui attendent les visiteurs.
En effet, la dentelle de Burano est renommée dans toute l'Europe depuis des siècles, à tel point que Louis XIV faisait venir les manchettes et les cols en "point de Venise" de cette île pour ses habits. On y visite le Musée et l'école des dentellières, puis on passe de boutique en boutique où ces charmantes demoiselles montrent leur art : il est difficile de résister à tant de charme et de ressortir sans un souvenir !
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Le ciel se reflète sur les canaux de Burano et fait vibrer les couleurs. |
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Entre deux canaux, toujours charmés par l'alternance hardie des couleurs, rendues plus fortes par l'orage qui s'est abattu de façon très soudaine sur nous, alors que rien ne le laissait prévoir au début de la promenade, nous avons rencontré l'église San Martino Vescovo.
Cette dernière révèle un secret à qui sait bien l'observer : son campanile est penché (non, non, ce n'est pas du tout la verticalité de la photo qu'il faut mettre en doute ! )
Quand nous y sommes entrés pour nous protéger de la pluie battante, on a pu y admirer des oeuvres du Tintoret, et de Girolama de Santacroce. Une fois de plus, l'art appuie le recueillement dans ces édifices dont on ne sait plus toujours s'ils sont musées ou lieux sacrés...
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Un clocher bien penché | Quels tons chatoyants ! |
Lors de notre retour, vers Venise, je ne pouvais que citer Maurice BARRÈS, dans Amori et dolori sacrum, tant nos impressions se superposaient à ce moment :
"Tandis qu'à l'occident le ciel se liquéfiait ans une mer ardente, sur nos têtes des nuages enivrants de magnificence renouvelaient perpétuellement leurs formes, et la lumière crépusculaire les pénétrait, les saturait de ses feux innombrables. Leurs couleurs tendres et déchirantes de lyrisme se réfléchissaient dans la lagune, de façon que nous glissions sur les cieux. Ils nous couvraient, ils nous portaient, ils nous enveloppaient d'une splendeur totale, et, si je puis dire, palpable.
Vaincus par ces grandes magies, nous avions perdu toute notion du réel, quand des taches graves apparurent, grandirent sur l'eau, puis nous prirent dans leur ombre. C'étaient les monuments des doges."(Plon, Paris, 1921)
Revenus à Venise, nous avons encore marché, admiré, rêvé, au hasard des canaux, des ruelles, des places, des ouvertures sur les autres rives, sur la lagune, sur l'espace... Incitation à la découverte, au voyage, Venise nous enchante et nous récompense de nos efforts.
Et c'est l'esprit et le cœur pleins de ces merveilles que nous reprenons le chemin du retour. Nous reviendrons en Italie !