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Aujourd’hui, nos pas nous mènent vers le nord-ouest de Venise, le sestier de Cannaregio, face à la lagune et aux îles, qui abrite le Vieux Ghetto.
Du quartier du Rialto, où nous demeurons, nous plongeons dans un dédale de ruelles, de passages et de ponts qui enjambent les canaux.
Là comme ailleurs, le long d'un canal, on croise une gondole...
Depuis 697, les gondoles circulent à Venise. Au douzième siècle, on comptait 10 000 gondoles, aujourd’hui, il n’en reste plus que 500.
Le mot 'Gondole' est apparu au XIIe siècle. Il provient du grec "kondu" : "vase".
C’est un bateau à quille plate, asymétrique pour mieux négocier les virages. Les règles de construction en sont sévères : 11 mètres de long, 1m 42 de large, 580 kg environ. Il faut 280 pièces de bois d'essences diverses (chêne, noyer, cerisier, orme ou sapin, acajou, noisetier, tilleul, hêtre, mélèze) pour élaborer cette embarcation frêle, à laquelle la poussée du gondolier confère son équilibre. L'aviron est fait d’une seule pièce, en bois de hêtre, et repose sur la forcola ou tolet, qui est en ronce de noyer et adapté à la morphologie du gondolier.
Il existe encore des chantiers de construction, les squeri, près de l’Accademia, à San Trovaso.
Une gondole de mariage | Les fameux masques du Carnaval |
Traditionnellement noire, la gondole est hérissée à sa proue du ferro, grand peigne à 6 dents, représentant les quartiers de la ville ou sestieri ; la dent tournée vers l’arrière symbolise la Giudecca. Le ferro, en acier, sert à protéger la proue fragile et à équilibrer le poids du gondolier qui est à l’arrière.
Les gondoliers ont une tenue particulière : ils portent un chandail rayé, un pantalon noir, un chapeau de paille à ruban, rouge pour un nicolotto, bleu pour un castellano. (Les Castellani habitent le sestier de Castello, les Nicolotti la paroisse de San Nicolo dei Mendicoli).
Justement, voici une gondole : Ici, celle qui passe est une barque de mariage : les gondoliers, dans ce cas, sont tout de blanc vêtus, à l'instar de la mariée qu'ils transportent. Leur gilet est rayé de rouge et de blanc, couleurs de joie, comme l'extrémité des avirons qui plongent dans l'eau.
Le fauteuil des mariés, qui nous sourient, est orné d'or et de fleurs blanches : quelle jolie manière de se rendre à la cérémonie...
Et dans un moment si charmant, nous ravit une fois de plus "cette lumière unique, qui brille sur
tous les objets et qui n’en éclaire aucun, qui danse sur l’eau et semble jouer avec le remous des
barques qui passent" pour citer George Sand.
Nous sommes dans le sestier de Cannaregio. C'est là qu'au XVI° siècle, les autorités vénitiennes avaient décidé de rassembler tous les Juifs de la ville dans un quartier, le Ghetto qui doit son nom aux fonderies de bronze de la cité (gheto).
L'émouvant quartier du Ghetto et le mur de l'Holocauste | |
C'était, en fait, une petite île cernée de murs percés d'un seul pont-levis qu'on relevait la nuit, en interdisant l'accès jusqu'au matin. Les habitants devaient porter des vêtements spécifiques, notamment de grands chapeaux jaunes ou rouges. Beaucoup furent exilés au XVII° siècle, car ils n'arrivaient pas à payer toutes les taxes dont on les accablait...
Un mur émouvant, recouvert de bas-reliefs du sculpteur Blatas, retrace les épreuves subies par le peuple juif jusqu'à l"Holocauste, ainsi que l'hommage que lui rend la République, en plusieurs langues.
En traversant les ravissants canaux di San Girolamo et della Sensa, on parvient dans un secteur calme où ont vécu de nombreux artistes qui y créaient en toute quiétude : le sculpteur Léopardi y a fondu, pour Verrocchio, la statue du Colleone ; le Tintoret y habitait.
Sa maison se situe, là, sur le Campo dei Mori, dans la paroisse de la Madonna dell'Orto.
La vie à Cannaregio | La Madonna del Horto |
C'est une petite statue de Madone vénérée par les marins, placée dans un coin du jardin de cette charmante église en marbre rose, pierre d'Istrie et briques roses, qui lui a donné son nom : la Madonna dell'Orto (la Madone du Jardin). A l'intérieur, outre les cendres du peintre, on y voit plusieurs de ses oeuvres, dont une grande fresque : "le Jugement dernier".
Du jardin, situé au bord nord de la ville, sur la lagune, on jouit d'une très belle vue sur l'île San Michele, qui nous invite à prendre le vaporetto et visiter les îles de la Lagune.
Tout en haut des maisons, on voit d’accueillantes terrasses, juchées sur les toits : des altane...
Sur ces terrasses, depuis des temps reculés, les belles vénitiennes, après s'être lavé les cheveux, les passaient au travers d'un chapeau à larges bords dont elles avaient évidé le fond. Les cheveux, déployés au soleil, étaient alors enduits de jus de rhubarbe.
L'acidité de ce suc, combiné à l'action du soleil, décolorait la chevelure en lui donnant ce fameux "blond vénitien", qui n'avait donc rien de bien naturel à la base !